Les OpenSims sont des mondes virtuels indépendants et libres utilisant le client de Second Life. Elles ont été crées dans l’objectif de proposer une alternative au métavers que nous connaissons tous. Second Life se voulait être un monde libre, il en sera une nation ceinturée de contraintes gouvernées par le dictat du billet vert américain. L’Eldorado est mort, place maintenant à un univers logique et dynamique qui s’adapte aux difficultés d’une population massive et croissante, image d’une société RL mondialisée. Les OpenGrids ont été conçus comme une rébellion à ce phénomène. En utilisant les ressources opensources de SL, ces programmes audacieux font le pari de proposer aux joueurs la matérialisation des souvenirs qu’ils ont dessinés à l’époque de la construction de Second Life : un univers quasi-anarchique et de partages. Les OpenSims, utopie ou véritable compromis ?

Second Life, un contenant critiqué par son contenu
Malgré sa gratuité apparente, Second Life est lourdement contesté par son culte du mercantilisme et de l’ultralibéralisme. L’argent y est omniprésent, de même que certaines dictatures culturelles (pratiques du sexe, gouvernance du « wasp system », diffusion de musiques essentiellement commerciales…). SL c’est un téléchargement libre et gratis, mais qui implique quasi-systématiquement l’usage de la carte bleue, parfois de manière compulsive. Un concept qui n’est pas toujours du goût de tout le monde et pas seulement des barbus de partis trotskistes.
Alors, il est vrai, Second Life c’est une plate-forme, autrement dit un contenant sur lequel nous faisons ce que nous voulons. Par conséquent il n’est pas « directement » responsable de ce qu’il héberge (ça sera bientôt le communiqué officiel de Linden Lab). Le problème vient surtout d’un contenu globalement influencé par les contraintes de la mode, et donc d’un certain cadre commercial. Cet environnement du « tout-fric », régit par un cadre législatif pompeux (les trademarks) et dynamisé par un directoire culturel, tout ça étouffe un certain public nostalgique de la Terre Promise des premières heures de Second Life : un espace de libertés et de libre expression, pas cette arène étriquée où le citoyen se confond avec l’esclave.
Mais qu’est ce que c’est, concrètement, une OpenGrid ?
Les OpenGrids (car OpenSim renvoie plutôt à une sim) ressemblent à Second Life mais ce n’est pas Second Life, elles n’y sont d’ailleurs pas connectées (pour le moment). Elles s’en distinguent totalement, sauf pour ce qui est de son interface et de son environnement graphique qui sont réutilisés. Ces mondes virtuels se veulent être des alternatives à celui de Linden Lab. Son contenu varie d’ailleurs en fonction de la grille. Soit elles sont spécialisées et proposent une thématique particulière (ex : l’écologie, la musique), soit elles sont plus généralistes et leur particularité vient plus du fait de leur système interne (argent, principes, valeurs etc…).
Les OpenGrids sont apparues quelques mois après la décision de Linden Lab d’ouvrir les codes sources de son client phare : Second Life. Par conséquent, les programmeurs amateurs ont tous loisirs d’exploiter et remodeler les fichiers proposés par l’éditeur, dans le cadre des règlements de la licence tout de même (un logiciel open source ne peut pas être employé n’importe comment non plus). De cette mesure est né un programme particulier : OpenSimulator (http://opensimulator.org/). Ce dernier vous permet carrément d’installer une GRID indépendante des serveurs de Linden Lab sur un système domestique.

Pour les installer, deux moyens s’offrent à vous:
- Le premier est d’héberger votre grille en locale, sur votre PC. Ce système vous permet d’installer gratuitement un monde virtuel sur un réseau à faible étendu. Il est toutefois peu adapté aux connexions distantes en raison des faibles débits de l’ADSL (pas plus de 20 Mégas, alors que la bande passante exigée pour un jeu en ligne est extrêmement gourmande, souvent plus de 100 Mégas sont nécessaires). Donc à moins de bénéficier d’une connexion à fibre optique (100 Mégas asymétrique: bande passante entrante ET sortante), il est quasiment impossible d’administrer un Second Life bis à la maison. Toutefois ce procédé peut parfaitement s’adapter dans une entreprise par exemple. D’ailleurs, il semble que quelques établissements de la Silicon Valley se soient amusés à reproduire leurs bâtiments en 3D dans un monde (pas si) virtuel interne. Amusant!
- La seconde option est d’installer la grille sur des serveurs particuliers. C’est la solution la plus courante pour organiser une OpenGrid avec des connexions extérieures. Ce système permet de reproduire à l’identique le fonctionnement de Second Life (nos avatars et nos sims sont installés sur des serveurs appartenant à Linden Lab). Toutefois ceci à un coût… élevé, pour un particulier. La location d’un serveur coûte la bagatelle de 60 à 250 euro TTC par mois en fonction de ses caractéristiques techniques, sachant qu’il ne peut qu’héberger que deux ou trois sims s’il veut conserver des performances décentes. Le concept de gratuité est alors remis en cause, puisque les propriétaires de grilles qui louent ou achètent leurs serveurs sont souvent obligés d’amortir leurs frais sur les résidents. Sur la grille The New World Grid par exemple, l’inscription est gratuite mais la propriété d’une sim vous coûtera environ 30 euro TTC par mois. Des tarifs qui sont toutefois TRES largement inférieurs à ceux de Second Life (1200 euro à l’achat + 100 euro TTC par mois environ). Enfin quoique… car si nous prenons le cas de OpenLife Grid, le forfait mensuel atteint tout de même 75 à 90 US$ !
Les Opengrids s’adressent à un public large mais informé

Les OpenGrids sont pénalisées par deux handicaps. Le premier est l’amalgame fait entre toutes ces grilles alors qu’elles se veulent indépendantes, non seulement de Second Life, mais également entre elles. La plupart des fondateurs expriment cependant le souhait de pouvoir les connecter un jour ensemble. Ce principe provoquerait toutefois une série de problèmes comme les règles internes propres à chaque grid et qui exigeraient une validation de ce code de conduite et de principes. Difficile mais pas impossible. La pertinence d’une telle association est toutefois à développer.
La seconde limite c’est le manque d’informations à leurs sujets. Certes le projet est encore récent, mais il peine à se propager dans les esprits, y compris dans celui des résidents de Second Life. Une grosse campagne de promotion est donc à prévoir, et si possible, sous forme de coalition entre toutes les OpenGrids.
Des projets ambitieux et courageux mais la concurrence avec Second Life risque d’être difficile
Malgré les chatouilles de There, Second Life reste le maitre incontesté des mondes virtuels. Les OpenGrids ont donc du pain sur la planche pour s’imposer sur ce terrain, déjà bien connu de la firme de San Francisco. De plus, une seconde difficulté s’ajoute : celle de la pertinence des mondes virtuels tout simplement. Le web 3D cherche encore sa voie et les mauvaises langues lui prédisent déjà un terminus rapide dans une benne à ordure. Mais ce débat n’est pas seulement celui des postillonneurs d’acide, mais aussi des grands esprits créateurs de cette nouvelle façon de concevoir l’internet de demain. Reconnaissons quand même que la tâche s’avère, pour l’instant, bien plus laborieuse que celle du web 2.0, notamment à cause du manque d’ergonomie et d’intuitivité des outils du « web 3.0″.

Le destin des OpenGrids peut paraitre bien incertain aujourd’hui, sans compter que le logiciel OpenSimulator n’est toujours pas disponible dans une version stable (mais fonctionne correctement compte tenu de son statut de « alpha »). Ce handicap pourrait poser un problème à moyen voir à court terme. Cependant, Philip Rosedale a évoqué son intérêt pour ces dernières. A défaut de donner raison à la bonne foi de l’ancien patron de Linden Lab, cette association pourrait donner un bon coup de bambou aux « mondes libres », à condition pour cette collaboration se base sur la complémentarité. Ceci n’a toujours pas été défini, mais nous nous doutons bien que Linden Lab ne se laissera pas déglutir par ces projets open-sources dont il est lui-même à l’origine.
Un premier bilan encourageant mais contrasté
Techniquement, les OpenGrids sont tout simplement un petit exploit. Certes le support logiciel n’est pas au point, mais en l’état actuel des choses, son fonctionnement satisfait à peu près ceux qui l’utilisent, et sa marge de progression en termes de fonctionnalités est énorme. En seulement un peu plus d’une année, 19 grilles « libres » sont nées, avec des affluences actuelles allant de 15 résidents (Grid Splash) à 21 000! (OpenLife Grid). Un développement spectaculaire dans les coulisses des mondes virtuels, même si sur la grande scène, ces projets restent encore à distinguer.
Les volontés sont présentes, en dépit des obstacles techniques, notamment les bugs et les plantages en chaîne! Une limite, qui a déjà été évoquée un peu plus haut, concerne les performances des serveurs qui dépendent à la fois de leur puissance de calcul (il s’agit finalement d’un ordinateur) et le débit qu’ils peuvent échanger (100 Mégas ou 1 Giga). Evidemment, les serveurs de gros volume offriront des résultats excellents mais leurs tarifs onéreux feront qu’ils seront chasse gardée des gros porte-monnaie. Si les OpenGrids revendiquent le concept de gratuité, il est bien dommage que l’argent y soit, quoiqu’en dise, omniprésent.

Ces petits bémols ne découragent pas les ambitions de patrons d’OpenSim, bien au contraire! Un enthousiasme qui inquiéterait même certains owners de lands, qui y verraient une concurrence déloyale et agressive, notamment si ces grilles sont connectées au programme de recherche de Second Life. Quoiqu’il en soit, les OpenGrids vous permettent de créer votre sim de 65 556m² à moindre frais, en bénéficiant en plus de 45 000 primitives au lieu de 15 000 dans SL! Une offre bien sympathique, même s’il vous faudra vous passer des foules en délire applaudissant votre travail. En effet, le succès public des grilles ouvertes est encore bien somnolent. Le temps nous dira s’il se réveillera…

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